Pixels gourmands

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vendredi 15 juin 2012

Kirinyaga, une utopie africaine - Mike Resnick

D'habitude, je n'apprécie pas trop les recueils de nouvelles, car pour moi, ils ne sont pas assez cohérents sur le fond : j'aime me plonger dans un univers, et voir la pensée de l'auteur progresser, se préciser au fil de l'ouvrage. Ce problème serait en partie résolu si je pouvais revenir à ma guise dans les histoires, mais comme j'emprunte beaucoup à la bibliothèque, tel n'est pas le cas le plus courant. :)
Kirinyaga est donc exceptionnel sous trois aspects. Tout d'abord, même si chaque épisode est paru de manière indépendante, Mike Resnick avait esquissé la totalité du livre dès le départ. Ensuite, j'en possède un exemplaire, hélas acheté à la liquidation de la librairie Double Page à Niort. Une petite pensée pour ce magasin qui m'a accueillie toute ma jeunesse... Enfin, c'est l'ouvrage de science-fiction le plus récompensé, ses nouvelles ayant reçu prix Hugo, Nebula ou Locus.


"Kirinyaga" est le nom que donnait les Kikuyus au Mont Kenya avant qu'ils ne soient viscéralement occidentalisés. Il désigne maintenant un planétoïde artificiel voué à la sauvegarde de leurs coutumes ancestrales, sur lequel Koriba, un intellectuel, le fondateur, est le sorcier le plus respecté de leur peuple. La nouvelle-chapitre "Toucher le ciel", dont est issu l'extrait suivant, voit ses positions menacées par la jeune Kamari.

"Autrefois, les Kikuyus n'avaient pas de langage écrit et ne savaient pas lire, et vu qu'ici, sur Kirinyaga, nous essayons de créer un monde kikuyu, il est normal que notre peuple n'apprenne ni à lire ni à écrire.
-- Mais qu'y a-t-il de bien à ne pas savoir lire ? Ce n'est pas parce qu'il en était ainsi avant l'arrivée des Européens que c'est mal.
-- Lire t'ouvrira les yeux sur d'autres façons de penser et de vivre, et après, tu ne seras plus satisfaite de ta vie sur Kirinyaga.
-- Mais toi, tu lis, et tu es satisfait.
-- Je suis le mundumugu. Je suis assez avisé pour savoir que les choses que je lis sont des mensonges.
-- Mais les mensonges ne sont pas toujours mauvais, insista-t-elle. Tu en racontes tout le temps.
-- Le mundumugu ne ment pas à son peuple, rétorquai-je, sévère.
-- Tu les appelles des histoires, comme celle du lion et du lièvre, ou celle de la naissance de l'arc-en-ciel, mais ce sont des mensonges.
-- Ce sont des paraboles, corrigeai-je.
-- Qu'est-ce qu'une parabole ?
-- Une sorte d'histoire.
-- Est-ce une histoire vraie ?
-- D'une certaine manière.
-- Si elle vraie d'une certaine manière, elle est fausse d'une autre, non ? " Elle poursuivit sans me laisser le temps de lui répondre : "Et si je peux écouter un mensonge, pourquoi ne puis-je pas en lire un ?
-- Je te l'ai déjà expliqué.
-- Ce n'est pas juste, répéta-t-elle.
-- Non, reconnus-je. Mais c'est fidèle aux traditions et, au bout du compte, c'est pour le bien des Kikuyus.
-- Je ne comprends toujours pas pourquoi c'est bien, se plaignit-elle.
-- Parce que nous sommes les seuls qui restent. Autrefois, les Kikuyus ont essayé de devenir quelque chose qu'ils n'étaient pas, et nous sommes devenus non pas des Kikuyus des villes, ni de mauvais Kikuyus, ni des Kikuyus malheureux, mais une toute nouvelle tribu qu'on appelle les Kenyans. Ceux d'entre nous qui sont venus sur Kirinyaga l'ont fait dans l'intention de préserver les vieilles traditions ; et si les femmes se mettent à lire, certaines ne seront plus satisfaites et partiront, jusqu'au jour où il ne restera plus de Kikuyus."

lundi 22 février 2010

Le dernier de son espèce - Andreas Eschbach

"Andreas Eschbach"... Ce nom vous dit peut-être quelque chose. Il a écrit l'étrange Des milliards de tapis de cheveux (un bouquin que j'ai trouvé passablement déprimant, je dois l'avouer), et le très bon Jésus vidéo.

Je m'excuse, ce passage est situé à la fin (page 234 sur les 292 que compte l'édition de l'Atalante). Mais pour moi, cet extrait capture l'un des messages essentiels du livre, et reflète la grande place qu'occupent les réflexions philosophiques : Qui suis-je ? D'où viens-je ? Comment suis-je arrivé là ?
Et puis il ne spoile rien de l'histoire.

Dans ce livre, qui se passe sous Bush Junior, nous suivons un cyborg mis à la retraite - voire hors service. Duane Fitzgerald était un vaillant marine, maintenant c'est un reclus, qui cache son lourd secret dans une petite ville irlandaise. Il craint d'être renvoyé dans une base militaire américaine, et fait tout son possible pour garder profil bas, jusqu'au jour où quelqu'un le recherche...
En lisant ce roman, je me suis rappelée avec émotion de Günther et Anna Navarre, du jeu culte Deus Ex. Eux qui se sentaient dépassés, et inutiles...


Sommes-nous encore des hommes ? Nos implants d'acier nous rendent-ils moins humains ? (...) Quelle part d'humanité les machines nous ôtent-elles ?
Je ne crois pas que ce soit la bonne question, car elle repose sur un présupposé. Les machines nous ôtent-elles une part d'humanité ? Telle est la bonne formulation.
D'ailleurs, les machines en sont-elles capables ? Je ne pense pas. La calculatrice nous a-t-elle rien ôté du simple fait qu'elle peut aussi calculer ? L'ordinateur ? Notre humanité se trouve-t-elle réduite du simple fait qu'un ordinateur puisse être champion du monde d'échecs ? Et de quelle manière ? Irons-nous ensuite boire un verre avec la machine victorieuse ou le tragique perdant ?
Si nous construisons des machines, n'est-ce pas précisément afin qu'elles accomplissent certaines tâches mieux que nous ne le ferions nous-mêmes ? N'est-ce pas dans ce but que nous produisons des pelleteuses, forgeons des marteaux, posons des lignes téléphoniques dans le monde entier ?

Et si des machines, des os en acier, des yeux artificiels devaient effectivement nous voler notre humanité, que penser de celui qui porte une hanche artificielle ? Un pacemaker ? Des broches ? Un appareil auditif ? Des lunettes ? Où se situe exactement la frontière ?
Si un homme doté d'un cœur artificiel n'est plus un homme, quel sens y a-t-il à lui en implanter un ?

dimanche 10 janvier 2010

Jhereg - Steven Brust

OK, j'avoue : j'ai supprimé les traces des coupes que j'ai opérées dans le texte.
Je voulais un échantillon représentatif du roman, qui garde son esprit, son rythme et son humour, tout en supprimant les informations superflues pour le non-lecteur. J'ai donc condensé 6 pages et demi (format poche) pour obtenir le texte ci-dessous. Hors mes écarts typographiques pour une meilleure lisibilité, le texte est conservé.



« Bon, dis-je. Crache le morceau. Que s’est-il passé ?
Un sourire flotta sur ses lèvres.
-- Pas grand-chose, fit-il. Seulement un message de la part du secrétaire personnel du Démon.

Gasp.
"Le Démon", puisque c’est ainsi qu’on l’appelait, était généralement considéré comme le numéro deux de l’organisation.

« Il veut te rencontrer. Il a sélectionné un endroit sur notre territoire pour la rencontre, pour ce que ça vaut… Le restaurant de La Flamme Bleue.
-- La Flamme Bleue, hein ? C’est un bon endroit pour tuer quelqu’un. De hautes cabines, des allées larges, une lumière ténue. Et situé dans un quartier où les gens s’occupent de leurs affaires…
-- C’est bien là. Il a fixé le rendez-vous à deux heures après midi, demain.
-- Dis-moi, comment t’y prendrais-tu pour tuer un assassin ? Particulièrement quelqu’un qui fait attention à ce que son comportement ne soit jamais répétitif ?
-- Hein ? Eh bien… tu organises une rencontre avec lui, comme le Démon est en train de le faire.
-- Exact. Et, bien sûr, tu fais tout ce que tu peux pour qu’il se méfie, non ?
-- Heu…. Peut-être que toi, tu fais ça, moi pas.
-- Bien sûr que non ! Tu fais en sorte que ça ait l’air d’un simple rendez-vous d’affaires. Et ça veut dire que tu t’arranges pour offrir un repas au type. Et ça veut dire que tu ne choisis pas un horaire comme deux heures après midi.

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