"Il n'a pas véritablement reçu l'onction, avait dit Almalik , à Cartada. C'est de notoriété publique."
Rien que cette année-là, il y avait eu quatre faux Khalifes, un autre ici à Silvènes avant Muzafar, un à Tudesca, et ce malheureux enfant, à Salos. On ne pouvait laisser durer une telle situation. Les trois autres étaient déjà morts. Muzafar était seulement le dernier.
Le dernier seulement. Il y avait eu des lions en Al-Rassan, autrefois, des lions sur l'estrade royale, dans ce palais édifié pour faire tomber les hommes à genoux sur le marbre et l'albâtre, face à l'évidence éblouissante d'une gloire qui les dépassait.
Muzafar n'avait jamais véritablement reçu l'onction, en effet, comme l'avait dit Almalik de Cartada. Mais une pensée traversa l'esprit d'Ammar ibn Khairan alors que, dans sa vingtième année, il se tenait dans le jardin du Désir de l'Al-Fontina, à Silvènes, en train de nettoyer sa dague du sang écarlate d'un homme : quoi qu'il fît d'autre de sa vie, dans les nuits et les jours qu'Ashar et le Seigneur trouveraient bon de lui accorder sous l'orbe sacré de leurs étoiles, on ne le connaîtrait peut-être jamais plus autrement que comme l'assassin du dernier khalife d'Al-Rassan.
"Il vaut mieux pour vous aller rejoindre le Seigneur parmi les étoiles. Le temps des loups est venu, désormais", dit-il au mort étendu sur le rebord de la fontaine (...).