(...) Puis je fais mon apparition, cafetière et tasses à la main. Je verse le jus épais. J'arrête la main de l'inspecteur qui se tend.
-- Attendez, il faut laisser reposer le marc avant de boire.
Il laisse reposer. (...)
-- Quelle est votre fonction, au Magasin ?
-- Me faire engueuler.
Il ne moufte pas. Il inscrit.
-- Métiers antérieurs ?
Bigre, l'énumération risque d'être longue : manutentionnaire, barman, taxi, prof de dessin dans une institution pieuse, enquêteur-savonnette, j'en oublie probablement, et Contrôle Technique au Magasin, mon dernier boulot.
-- Depuis ?
-- Quatre mois.
-- Ça vous plaît ?
-- C'est comme tout. Beaucoup trop payé pour ce que je fais, mais pas assez pour ce que je m'emmerde.
(Élevons le débat, que diable !)
Il note.
-- Vous n'avez rien remarqué d'anormal, hier ?
-- Si, une bombe a explosé.
Là, tout de même, il lève la tête. Mais c'est exactement sur le même ton impassible qu'il précise :
-- Je veux dire avant l'explosion.
-- Rien.
-- Il paraît que vous avez été appelé trois fois au bureau des Réclamations.
Nous y voilà. Je lui raconte la cuisinière, l'aspirateur et le frigo pyromane.
Il fouille dans sa poche intérieure, puis étale devant moi le plan du Magasin.
-- Où se trouve le bureau des Réclamations ?
Je le lui désigne.
-- Vous êtes donc passé au moins trois fois devant le rayon des jouets ?
C'est qu'il déduit, le bougre !
-- En effet.
-- Vous y êtes-vous arrêté ?
-- Dix secondes au troisième voyage, oui.
-- Rien remarqué d'anormal ?
-- A part le fait que j'ai été braqué par un AMX 30, rien.
Il note en silence, recapuchonne son stylo, boit son café d'un trait, marc compris, se lève et dit :
-- Ce sera tout, ne quittez pas Paris, on pourrait avoir d'autres questions à vous poser, au revoir, merci pour le café.